Noureddine Boudissa, directeur général d’Algerac : «L’accréditation, un gage de protection de notre économie»
Engagée sur plusieurs fronts, Algerac cumule de belles prouesses et confirme son statut d’acteur incontournable de l’économie nationale.

Son président, qui nous a reçu dans son bureau, passe au peigne fin les ambitions de l’organisme qu’il dirige, égrène les acquis réalisés notamment en 2019, avançant des chiffres pour le moins probants, et nous abreuve d’annonces exclusives qui seront importantes pour Algerac elle-même, mais aussi pour l’Algérie. Il est entre autres questions de la candidature d’Algerac de rejoindre cette année l’African Accreditation Corporation, et du lancement envisagé de la norme 17065 qui concerne la certification des produits. 

El Moudjahid : Pour Algerac, 2019 s’est achevée comme elle a commencé : avec brio. Quelles sont les réalisations qui ont fortement marqué votre organisme durant cette année ? 

M. Boudissa : Algerac a réussi en 2019 à bénéficier de la reconduction de sa reconnaissance internationale. L’Organisation européenne d’accréditation exige dans ses règles d’usage une deuxième évaluation deux ans après la reconnaissance initiale, afin de s’assurer que le système d’Algerac d’accréditation est conforme aux pratiques internationales. Cela était fait en février 2109 et le résultat prononçé en octobre de la même année. A partir de cette date, Algerac est reconnue par ses pairs pour une durée de quatre ans dans les domaines de l’étalonnage, des essais et de l’inspection. Comme vous le dites dans votre question, 2109  a été une année riche pour notre organisme. Beaucoup de secteurs d’activité sont venus vers nous. Qu’il me soit permis de citer quelques exemples. Algerac a contracté des contrats avec le ministère de la Défense nationale, Sonatrach et ses filiales, le ministère du Commerce ainsi que des relations de travail avec le ministère de l’Agriculture. D’autre part, nous venons juste de signer une convention-cadre avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pour accréditer les centres de recherche, dits pôles d’excellence qui sont au nombre de 5. Notre objectif est de renforcer cette dynamique.

Que désignez-vous par renforcement ? 
Pour cette année, nous allons entamer la politique de transition. Les normes changent, évoluent. Cette évolution impose une nouvelle version, modifiée, corrigée, et donc une période d’essai que nous avons consommé. Et depuis janvier 2020, nous enregistrons plus de 90 organismes évaluant sur une nouvelle norme qui est faite pour les laboratoires d’étalonnage et d’essais, appelée version 2017. C’est un chantier qui s’ouvre. Nous ambitionnons de préparer un dossier à déposer auprès de l’Organisation européenne d’accréditation (OEA) pour faire des extensions de notre reconnaissance internationale. On saisira l’opportunité pour parler de tout ce qui a trait au biomédical, comme les laboratoires d’analyses, les CHU… et les laboratoires de biologie qui seront sur une norme internationale ISO 15 189. Pour ce faire,  nous allons préparer une série de dossiers et déposer une candidature pour être évaluer par nos pairs. Dans une année, on pourra faire la demande parce qu’il nous faut d’abord un certain nombre d’accréditations. Nous avons aussi l’ambition, laquelle s’inscrit en droite ligne avec la politique des pouvoirs publics de diversification des exportations hors hydrocarbures, de lancer la norme 17065 qui touche à la certification des produits. 
 
Qu’attendez-vous précisément du lancement de cette norme ?
Tout produit destiné à l’export doit être certifié. Cette norme figure parmi les priorités d’Algerac dont l’objectif est également d’accompagner les opérateurs algériens à aller à l’export et conquérir des marchés extérieurs. C’est important. En termes pratiques nous avons d’autres ambitions, et nous voulons qu’une importance leur soit accordée. A ce jour, l’accréditation relève du volontariat. Appelons les choses par leur nom.  Le contrôle des produits agricoles, à titre illustratif, ne peut plus relever du domaine de volontaire. Nous sommes entrain de préparer une série de textes d’applications, d’arrêtés techniques pour rendre obligatoire l’accréditation dans les domaines qui touchent à la sécurité des personnes, les biens et l’environnement. Le tout s’inscrit dans l’objectif de réguler le marché, protéger le consommateur et valoriser le produit algérien. N’empêche que dans certains domaines, l’accréditation continuera à être volontaire.
 
Avez-vous l’accompagnement nécessaire pour accélérer la mise en place de cette norme ? 
L’avantage que nous avons est de pouvoir tirer profit de l’expérience des autres pays. Algerac  sollicitera et mobilisera l’expertise internationale dans le cadre d’un programme européen dont elle est bénéficiaire. Nous avons donné une attention particulière à la mise à jour de la réglementation nationale dans le domaine de l’évaluation de la conformité.
 Il faut que l’accréditation devienne un facteur préalable pour l’exercice des métiers notamment techniques.  Convenons qu’il est anormal que des ministères techniques continuent à donner des agréments à des opérateurs algériens, publics et privés, sans que ces derniers ne démontrent préalablement leur compétence. En d’autres termes, l’agrément devra impérativement être assujetti à l’accréditation. C’est de cette façon qu’on pourra mettre de l’ordre dans cette sphère d’activité technique dans bien de domaines. Si on arrive à faire admettre aux pouvoirs publics de la nécessité d’introduire l’obligation de l’accréditation avant d’exercer dans une activité réglementée, c’est déjà un acquis considérable. Je veux ajouter un autre point important.
 
Je vous en prie…
Les textes d’application, comme ceux de la loi sur la santé qui vient d’être adoptée, doivent être désormais rédigés d’une manière à permettre à l’accréditation de jouer pleinement son rôle d’accompagnateur et s’assurer que les acteurs qui travailleront dans le domaine du biomédical ont les compétences nécessaires. Un laboratoire de référence nationale ne peut pas exercer sans accréditation. Evitons de faire les choses à moitié. La reconnaissance  d’Algerac pars ses pairs est une valeur-ajoutée, elle permet de donner des documents opposables à l’international. Il appartient aux pouvoirs publics de donner cette capacité à Algerac d’embraser toutes ces activités touchant à la santé, la sécurité, et à l’environnement. 
 
L’Association pour la protection et l’orientation du consommateur et son environnement a récemment relevé que la promotion de la production nationale passe également par la généralisation, au niveau des laboratoires, des analyses réduites de nos jours à celles qui sont obligatoires car constatables de visu. Etes-vous favorable à une éventuelle coopération ?
L’APOCE a pris attache avec nous et on travaille ensemble pour créer un réseau de laboratoires de contrôle des produits alimentaires qui assure le bien être du citoyen. Plus que jamais, nous devons aujourd’hui faire en sorte que l’accréditation devienne le centre d’intérêt de tous les opérateurs pour valoriser le produits, le produire et l’exporter. On aidera ceux qui veulent exporter avec des documents exigés par des partenaires des pays à qui on va affecter les produits. Aussi, grâce aux organismes accrédités par Algerac nous aurons la possibilité de contrôler nos importations. Les essais préalables des produits importés sont nécessaires avant d’atterrir sur le marché algérien pour éviter des produits contrefaits, de mauvaise qualité et éviter aussi la concurrence déloyale. C’est notre mission, il suffit qu’on ait les textes. 
 
Quand envisagez-vous de voir l’accréditation devenue obligatoire ?
Grace à un programme européen, on fera des propositions aux experts internationaux, des projets de textes. Nous souhaitons qu’ils  soient des arrêtés ministériels et interministériels pour gagner du temps. Si tout va bien, en 2021 nous aurons un arsenal juridique qui nous permettra d’amener tous les acteurs à se conformer à cette disposition réglementaire mis en place en Algérie. A Algerac, nous continuons de déposer des dossiers pour qu’on puisse être reconnus davantage sur le plan international dans des domaines qui ne sont pas couverts aujourd’hui : le biomédical et certification des produits. Ce sont deux dossiers prioritaires pour l’Algérie. En termes de chiffres, nous avonss atteints 125 accréditations en 2019, et une quarantaine est en cours. Nous avons au début arrêté une stratégie qui consistait à accréditer 240 laboratoires, parce qu’il y a des secteurs qui sont, pour nous, prioritaires. 
L’absence de laboratoires en agroalimentaire représente un préjudice néfaste pour l’économie et le consommateur algérien. Nos véhicules, montés localement ou importés, ne sont pas contrôlés, ainsi que les pièces de rechange. Or, ils doivent subir des contrôles techniques et les homologations souhaitées par un organisme accrédité. Le constat est là : les chiffres liés aux nombres des accidents de la route donnent le tournis. Et pour bien accomplir sa mission, Algerac a besoin de nombre de laboratoires, d’organismes d’inspection et de certificateur. Ils doivent être dans la démarche. Que les pouvoirs publics créent des Fonds spéciaux pour aider un maximum de clients à s’intégrer dans une démarche d’accréditation. C’est la seule façon pour protéger notre économie, promouvoir notre produit et assurer une politique de diversification à l’exportation. Sans cette intégration, on n’aura jamais les outils normatifs exigés par la pratique internationale. Le marché national doit être régulé par des normes et pas par des règlements. 
Qu’en est-il de la présence d’Algerac à l’international ?
Nous essayerons de travailler sur une approche. Notre objectif est d’aller concourir les autres organismes d’accréditation pour réaliser les accréditations à l’étranger. Principalement, on vise l’Afrique. Nous avons réussi à adopter par le Conseil d’administration une procédure d’évaluation à l’étranger et une procédure de tarification destinée aux pays qui souhaitent faire appel à Algerac. Il reste quelque chose d’important. Nous allons faire acte de candidature cette année à l’African Accreditation Corporation. Il faut que nous soyons présents. Algerac ne fera pas cavalier seul, on a choisi des partenaires étrangers expérimentés qui sont en Afrique pour aller avec eux.  On a besoin de connaitre ce marché. Dans ce registre, je tiens également à préciser qu’Algerac a choisi l’Egypte comme partenaire avec qui elle peut coordonner en bilatéral pour aller conquérir des marchés. Un partenariat élargie à la Tunisie et au Maroc et, éventuellement, à d’autres pays africains. Algerac est un élément clé dans la Zlecaf dont l’accord a été ratifié par l’Algérie en décembre dernier. 
Entretien réalisé 
par Fouad Irnatene

FAWZI DERRAR RESPONSABLE DU CENTRE NLE DE REFERENCE POUR LA GRIPPE ET LES VIRUS RESPIRATOIRES